Si ma mémoire est bonne, c’est en février 1986 que j’ai vécu ma première dépression. J’étais enfant de Dieu, né de nouveau, depuis 10 ans et marié depuis 17 mois. Nous avions déjà une petite fille et ma femme attendait notre premier garçon. Jusque là, je n’avais pas eu de problèmes psychologiques majeurs.
SYMPTOMES
Comment la dépression est-elle venue ? Sous quelle forme ? Tout a commencé un jour par des pensées obsessionnelles et intrusives, des propos blasphématoires qui m’ont horrifié. Ne comprenant pas ce qui se passait, je les ai pris au sérieux et j’ai commencé à les combattre. Je prenais position contre eux oralement et demandais pardon à Dieu pour de telles pensées. La méthode n’était visiblement pas la bonne. Plus je luttais, plus les pensées me dominaient, à tel point qu’il n’y eut bientôt plus qu’elles pour occuper le champ de ma pensée.
Jour après jour, mon état psychologique se dégradait. J’en arrivais à me frapper pour me punir. Mes proches ne me reconnaissaient plus. C’était comme si mon être était coupé en deux et se combattait continuellement. Constamment, quoi que je fasse, j’étais pourchassé par des pensées abjectes que je haïssais. Au bout d’un certain temps, mon raisonnement était comme inversé. C’était comme si Dieu était devenu un ennemi. Quitter mon état, c’était lui donner la victoire. J’étais en pleine confusion mentale.
Sur le plan émotionnel, j’étais là aussi très atteint. Je ne voyais que ma détresse, tout le reste m’était étranger. J’avais des sensations bizarres dans mon corps et la peur d’être possédé par un démon. S’il y avait un enfer, je me disais qu’il était pour moi et que je n’avais plus de chance de salut. Notre 1er garçon est né, mais c’est comme si je n’étais pas là. Non seulement, j’étais dans le désarroi le plus complet, mais tous ceux qui me connaissaient l’étaient tout autant. A plusieurs reprises, j’ai été fouillé dans l’armoire à pharmacie des amis qui nous hébergeaient à l’époque. Il y avait aussi une ligne de chemin de fer tout près de chez eux. Pourquoi ne pas en finir ?
TERRAIN
Que s’était-il passé dans ma vie pour que cette dépression, avec ces idées délirantes, se déclare dans ma vie? C’est, à mon avis, d’abord une question de terrain propice. Je suis né dans une famille qui ne connaissait pas l’Evangile. Mon père avait perdu son père à la guerre et avait dû travailler dur dès sa jeunesse pour faire vivre ses frères et soeurs (il était l’aîné garçon de la famille). Rendu amer par les souffrances vécues, il s’est endurci et consolé dans l’alcool. Du plus loin que je me rappelle, j’ai vécu dans l’insécurité et dans la peur. Nous ne connaissions ni tendresse, ni affection. Cette enfance, il est certain, m’a mal préparé à affronter la vie avec ses chocs.
Peu de temps avant que ma dépression ne survienne, nous avons failli perdre notre premier enfant. Elle a vécu ce que les médecins appelaient alors « la mort du nourrisson ». Nous l’avons retrouvé sans vie dans son lit et elle dut être réanimée à l’hôpital. Elle a survécu malgré des convulsions au moment de sa réanimation. Dans le même temps, j’ai dû faire face à un homme violent qui voulait nous tuer. Nous avions gardé chez nous sa femme qu’il maltraitait et Dieu l’a arrêté dans son projet. Mais toutes ces secousses m’ont ébranlé. Mon psychisme fragile n’a pas tenu…
SECOURS DE DIEU
Alors que des mois passaient et que ma détresse devenait plus forte, plusieurs personnes ont tenté de m’apporter leur aide. Pour certains, il fallait que je mette en action ma volonté. Je savais pertinemment que là n’était pas la solution. Pour d’autres, je n’aurais pas dû croire à ces pensées. OK ! Mais que dois-je faire maintenant ? Ils ne le savaient pas. Un frère m’a dit avec justesse : tout ce qui se passe en toi, c’est du bluff, du mensonge. ! N’y prête pas attention. Il était le plus proche de la réalité. Un médecin chrétien m’a reçu et m’a assuré que tout cela passera un jour. Oui, mais comment ?
La solution est venue de Dieu, d’une sorte de révélation. Alors que je priais dans mon désespoir, c’est comme si Dieu me faisait comprendre par l’Esprit que deux Gilles (c’est mon prénom) existaient. L’un des Gilles était au ciel, en Christ, en parfaite sécurité, intact. L’autre était le Gilles malade que je connaissais sur terre. Il ne fallait pas que je m’occupe de ce Gilles-là. Plus je serais concentré sur lui, plus il me ferait souffrir. J’ai alors compris comment je devais réagir. Je ne devais plus m’occuper de la totalité de ce qui se passait en moi : ce n’était pas ma vraie personne.
La délivrance n’est pas venue en un seul jour. Elle s’est étalée sur des semaines depuis que j’ai reçu cette révélation. Mais les pensées du Gilles malade ont petit à petit perdu leur force pour disparaître complètement. J’ai compris que je ne vis plus autrement qu’en Christ. Malheureusement pour moi, je n’ai pas retenu la leçon et, trop souvent, j’ai laissé encore le vieux Gilles reprendre le contrôle. Mais j’avais là une clé qui m’a aidé dans les deux autres épisodes dépressifs par lesquels je suis passé depuis, y compris le dernier le plus sévère !
Mon espoir est que ces quelques mots aident ceux qui, parmi mes frères en Christ, passent par le même sombre défilé !
C’est exactement ça! Tu es en Jésus, cet homme spirituel que Dieu voit au travers de Jésus! C’est ça la vérité biblique! Trop belle révélation, merci Seigneur!
N’as-tu jamais pensé à faire de la délivrance? Tu connais sans doute du monde dans le domaine, genre Emmanuel Maennlein? Car forcément, en fonction de notre vécu dans l’enfance, un esprit de mort a pu s’installer en toi avant ta conversion, quand des brèches étaient ouvertes. Et quand ça revient comme ça, c’est que l’ennemi a encore un droit légal, une brèche qui n’a pas encore été fermée dans le nom de Jésus.
J’aimeJ’aime
Personnellement, je ne crois pas que ce soit le cas. Je vis d’excellentes choses dans la prière et je ne pense pas qu’il faille chasser quoi que ce soit comme esprit mauvais dans ma vie. Il y a aussi un certain danger à ne voir les choses que sous cet angle, à mon avis.
J’aimeJ’aime