Brisement…

Comme je l’ai écrit ici et ici, tout ce qui se produit dans la vie du chrétien concoure au projet de Dieu pour lui : la configuration à l’image de Jésus-Christ. Le travail pour atteindre ce but est long et exige des moyens drastiques. Ralph Shallis disait à ce sujet que 50% de la formation d’un homme de Dieu passe par la souffrance. On peut être d’accord ou pas avec ce ce chiffre. Quoi qu’il en soit, la souffrance n’est pas épargnée au peuple de Dieu.

Le travail de Dieu passe par le brisement, car suivre Jésus c’est suivre un homme qui a été brisé. Seul l’homme brisé peut aussi guérir ceux qui ont le coeur brisé. Dans mon expérience, la dépression a été un moyen par lequel Dieu m’a brisé. Pour expliquer pourquoi le brisement est nécessaire, je laisse la place à un ami, aujourd’hui auprès du Seigneur : John Stauffacher.

Le vase qu’il faisait ne réussit pas, comme il arrive à l’argile dans la main du potier ; il en refit un autre vase, tel qu’il trouva bon de le faire : Jérémie 18,4.

Voilà l’expérience que Dieu accorde à ceux qui sont dans la main du potier. Ils sont refaits en un autre vase, tel qu’il trouve bon. Cette expérience qu’on appelle le brisement n’est pas particulièrement agréable pour nous ; nous y sommes presque toujours totalement opposés. Mais si Dieu réussit un beau vase, il faut qu’il puisse se servir du seul moyen d’y parvenir.

Nous souhaitons que tout aille bien et nous demandons cela dans nos prières. Lui a projeté de nous emmener à être brisé, son idéal du vrai succès. Tant que je ne comprends pas cela, il y aura frustration et opposition de ma part dans l’école de Dieu ; en conséquence, je ne porterai pas ou peu de fruit pour lui. Ma nature charnelle fuit tout ce qui ressemble au brisement. Elle n’aime pas perdre la face, subir le mépris, le jugement ou la moquerie du prochain. Mais si cela faisait partie des leçons d’aujourd’hui dans l’école du Seigneur ? Je n’aime pas la maladie, les accidents, les imprévus, l’échec, la démonstration répétée de ma faiblesse. Mais Dieu reste fidèle à son dessein : il veut plus que le succès, il veut du solide. Il veut un vase qui a la beauté d’une vie brisée, domptée, apprivoisée, une vie qui ressemble à celle de son Fils. Même la nature nous enseigne cette leçon : le cheval doit être maîtrisé, sinon il n’est jamais vraiment utile à son maître.

Le brisement est une attitude fondamentale du coeur : c’est vers ce but que Dieu a toujours conduit ses serviteurs. Job témoigne : « J’étais tranquille, et il m’a secoué, il m’a saisi par la nuque et m’a brisé.. : Job 16,12. » Abraham a dû quitter sa famille et sa patrie pour vivre en étranger nomade. Il a dû attendre d’être centenaire avant d’avoir un fils, et ensuite Dieu le lui a demandé en sacrifice ! Isaac montrait son esprit brisé par sa patience, en creusant puits sur puits pour éviter les conflits avec ses voisins. Jacob fut brisé à Jabbok en luttant avec Dieu. Moîse, rejeté par l’Egypte, a appris qu’il n’était rien sous le soleil du désert de Madian. David aussi a dû apprendre cette leçon, traqué comme le gibier par Saül, ensuite chassé de son trône par un fils rebelle, obligé de subir la moquerie d’un Schiméi.

Il déclare : « Je suis comme un vase brisé : Psaume 31,13. » « L’Eternel est près de ceux qui ont le coeur brisé, et il sauve ceux qui ont l’esprit dans l’abattement : Psaume 34,19.’ « Les sacrifices qui plaisent à Dieu, c’est un esprit brisé ; ô Dieu, tu ne dédaignes pas un coeur brisé et contrit : Psaume 51,19. » Le Christ lui-même a dû éprouver le brisement… Il a plu à l’Eternel de le briser par la souffrance et, étant brisé à cause du poids de notre péché, il s’est vu comme un ver et pas un homme. Il a toujours montré parfaitement l’attitude du brisement de Dieu.

L’apôtre Paul montre le même processus. Brillant, capable et respecté, Saul de Tarse persécutait la secte des chrétiens. mais il a dû se prosterner devant le Christ sur la route de Damas, et le persécuteur est devenu persécuté qui, à son tour, occupera une cellule de prison. Mais il ne se rebiffe pas, car Christ lui a dit : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse… C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, les outrages, les calamités, les persécutions, les détresses pour Christ ; car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort : 2 Corinthiens 12,9-10. »

Les avantages du brisement sont énormes. Un coeur brisé accepte avec simplicité que Dieu soit souverain. Il accepte les circonstances désagréables, des situations incompréhensibles, et la souffrance que Dieu permet. Pourtant, il ne s’enferme pas dans une résignation passive. le « coeur brisé », c’est « le pauvre en esprit », « l’affligé », « le doux dont parlait Jésus dans le sermon sur la montagne. Ce sont ceux que Paul décrit comme « pressés de toutes manières, mais non réduits à l’extrémité, dans la détresse, mais non dans le désespoir… abattus mais non perdus… portant toujours dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée : 2 Corinthiens 4,8-10. »

Celui qui accepte le brisement de son coeur peut compter sur de nombreux privilèges : le salut de Dieu (Psaume 34,19), sa miséricorde et ses consolations. « Il ne brisera point le roseau cassé, et il n’éteindra point la mèche qui brûle encore : Esaïe 42,3. » Il peut compter sur la guérison du Seigneur. « L’Eternel m’a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux ; il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé : Esaïe 61,1 et Luc 4,18. » Il apprend ainsi l’obéissance et la fidélité à Dieu : « Avant d’avoir été humilié, je m’égarais. Maintenant j’observe ta parole… Je sais, ô Eternel, que tes jugements sont justes. C’est par ta fidélité que tu m’as humilié : Psaume 119,67 et 75. »

Ce qui fait la qualité de cette vie, c’est son infirmité, cette fêlure d’un vase qui n’en peut plus et qui a déposé toute prétention. Notre plus grand honneur réside en étant exactement ce qu’était Jésus…

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