Dieu et la dépression

Que nous le voulions ou non, il y a un moment dans la vie où chacun doit affronter les questions centrales de son existence. Chaque jour qui se lève est, certes, un nouveau jour qui s’ouvre à nous aves ses surprises et ses opportunités. Mais c’est aussi, dans le sablier du temps, un jour de moins, une durée de vie qui s’écoule et qui nous rapproche inexorablement du terme de notre existence.

Cette brièveté de la vie est sans nul doute ce que la plupart de nos contemporains cherche à ignorer le plus. Mais elle se rappelle trop souvent à notre souvenir pour que nous puissions l’évacuer complètement. « Tout homme debout n’est qu’un souffle ! dit la Bible : Psaume 39,6. » Et chacun peut constater que lorsque ce souffle lui est retiré, il s’écroule et retourne à la poussière.

J’ai un voisin qui a perdu coup sur coup plusieurs proches. Sa réaction, depuis ce malheur, est qu’il ne veut plus entendre parler de Dieu. Je ne sais pas s’il était davantage disposé à entendre parler de lui avant ce malheur, ou si celui-ci ne s’était pas produit. Mais cette réaction montre que, pour lui, Dieu est au centre de ce qui est arrivé. Il ne nie pas que Dieu existe, il est plutôt en colère contre lui. Si Dieu existe et se prétend tout-puissant, si, de plus, il est bon, comment se fait-il qu’il n’ait pas empêché ce malheur ? (Pour ceux qui aspirent à une réponse, écoutez cette vidéo !)

Je suis d’accord avec Edward Welch qui, dans son livre sur la dépression, dit que dans les vraies crises de la vie, il n’y a pas d’athées. J’aurai plus tard l’occasion de faire la recension de ce livre. Le bienfait de la souffrance, et de la dépression en particulier, est de nous ramener premièrement aux questions centrales de notre existence, et donc à Dieu. La souffrance nous travaille, nous laboure, et nous pousse à faire ce que nous ne ferions pas d’ordinaire : nous interroger sur Dieu. Parce que beaucoup de gens le prennent pour un débiteur, ils ne comprennent pas, lorsque les choses vont mal, que Dieu ne fasse rien pour les tirer de leur situation ; peut-être est-ce plutôt pour eux le moment d’apprendre à le connaître plutôt que de le juger, sans avoir appris à le découvrir. Malheureusement, trop souvent, cette recherche n’est pas honnête ou profonde. Un proche de ma famille est passé par la dépression. C’était un temps où il s’est ouvert à Dieu comme jamais. Mais dès que le mal fut passé, la recherche s’arrêta aussitôt ! Qu’il n’en soit pas ainsi pour nous !

CADRE FERME OU OUVERT ?

Le raisonnement des gens à l’égard de Dieu est trop souvent infantile. Il ne procède pas d’une révélation qui leur aurait ouvert les yeux sur qui Il est, mais sur des idées toutes faites sur lui. Même le chrétien qui lit la Bible et connait Dieu intimement peut, sans le savoir, être prisonnier d’un cadre de pensée qui limite Dieu. Le rôle de la souffrance est de faire éclater ce cadre pour apprendre à découvrir des aspects de la personne de Dieu jusque là inexplorés. Ce n’est pas que le chrétien ne les connaissait pas. C’est plutôt qu’il n’avait jamais fait l’expérience à ce point de leur réalité.

SOUVERAINETE DE DIEU

Nous savons ainsi tous que Dieu est souverain. La souveraineté de Dieu implique l’idée que Dieu jouit d’une liberté dont il n’a à rendre compte à personne. Cette liberté de Dieu, Job la traduit bien au début de son malheur, lorsqu’il dit après avoir perdu tous ses biens et sa famille : « Nu je suis sorti du ventre de ma mère et nu j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté ; que le nom du Seigneur soit béni : Job 1,21. » Le malheur de la dépression nous met dans l’état de Job. La dépression nous dépouille de tout ce qui faisait notre joie, notre raison d’être. Elle nous jette dans le cachot du désespoir, nu, plus vulnérable que jamais. En même temps, elle nous rappelle notre néant face à Dieu ! Qui suis-je pour exiger quoi que ce soit de Lui ? Comment, par quel droit, puis-je exiger de Dieu qu’il rende compte de l’usage qu’il fait de sa liberté à mon égard ? Ne mériterais-je pas, s’il me jugeait, d’être banni de Sa présence ? « Le sort réservé aux créatures pécheresses de Dieu, si tragique soit-il, est moins monstrueux et criminel que celui subi par le Fils de Dieu : P.T Forsythe. » Dans un siècle où l’arrogance de l’homme à l’égard de Dieu paraît sans limite, n’est-il pas nécessaire pour chacun de connaître des expériences qui lui rappelle sa petitesse, son néant absolu !

GRACE INFINIE DE DIEU

Nous réduisant à néant, la dépression ne nous amène pas seulement à considérer la souveraineté de Dieu. Cette souveraineté, si elle était exercée de manière arbitraire, pourrait nous effrayer. Elle nous ouvre aussi les yeux sur la grâce de Dieu, Sa bonté infinie. Car Dieu ne veut pas la mort du pécheur et Il ne se plaît nullement à affliger les humains et à leur causer du chagrin. Dieu n’est pas un despote tyrannique qui, du ciel, se complaît à méditer le malheur de ses créatures. Il n’est pas comme les médecins nazis du IIIème Reich qui faisaient des expériences sur des cobayes humains pour voir jusqu’où ils pouvaient supporter la douleur. Dieu nous rappelle dans la faiblesse extrême dans laquelle nous sommes que nous ne vivons et survivons que par Sa bonté. Quand ici-bas, il fait passer son enfant par la perte de tout, c’est pour mieux faire luire l’espérance éternelle qu’il a dans le Christ, son sauveur. Non ! Dieu ne s’est pas engagé envers nous à une traversée facile de la vie. Mais Il nous assure de Sa fidélité ! « Je ne te délaisserai jamais, je ne t’abandonnerai jamais : Hébreux 13,5. »

Que nous le sachions une fois pour toutes : nous ne pouvons pas éviter Dieu. Parce qu’Il est, il se trouvera toujours à nouveau sur le chemin de notre vie. Il veut nous attirer à lui pour nous faire entrer dans sa famille, son royaume. C’est ici le lieu où il n’y a plus ni souffrance, ni douleur, ni chagrin… ni dépression !

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