Je dis à Dieu, mon rocher : Pourquoi m’oublies-tu sans cesse ? Pourquoi dois-je marcher dans la tristesse, sous l’oppression de l’ennemi ?… Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au-dedans de moi ? Espère en Dieu, car je le louerai encore. Il est mon salut et mon Dieu : Psaume 42,9 et 11.
QUESTIONS A DIEU !
Les questions ne manquent pas dans l’esprit de celui qui passe par la dépression. Ce qui lui arrive est si inattendu, si contraire à ce qu’il attendait de sa vie, surtout s’il est croyant, qu’il ne peut s’empêcher de les exprimer à Dieu. Le fait de trouver dans les psaumes de nombreux pourquoi adressés à Dieu par des croyants en détresse doit nous encourager à ne pas garder pour nous nos questions. Dieu est prêt à entendre la formulation de nos interrogations. Celles-ci sont légitimes.
Nos interrogations expriment souvent notre désarroi. Pour ma part, ce désarroi s’exprimait de la sorte. « Seigneur, penses-tu vraiment que c’est en me mettant dans cet état que je peux le mieux te servir ? » ou « Cela fait plus de 40 ans que je suis à ton service… et ce sera pour finir dans cet état… Ai-je tout raté ? » La dépression nous désoriente et nous jette dans la confusion. Elle nous fait sortir d’une certaine idée de Dieu ou, plutôt, de ce que devrait être la logique d’une vie avec Lui. Elle nous insécurise, car le cadre dans lequel nous nous mouvions jusque là éclate. Désormais, il nous faut faire face à quelque chose de totalement nouveau qui nous pose des questions plus profondes. Le schéma habituel qui nous fait penser souvent en termes de bien et de mal n’existe plus. Les termes nouveaux qui les remplacent nous placent au coeur du mystère de notre existence. Liberté souveraine de Dieu d’agir comme Il l’entend avec ses créatures… grâce salvatrice qui nous assure de la vie éternelle mais n’engage pas Dieu dans le temps présent à nous assurer le bien-être… gloire future augmentée par la persévérance dans les afflictions du moment présent… Ces vérités commencent à briller dans nos yeux de leurs pleins feux et nous donnent de quoi trouver un sens à ce qui nous semble hors de sens !
Si le psaume 45 nous encourage à poser nos questions à Dieu, il est intéressant de souligner à qui en second le psalmiste s’adresse dans sa détresse. Son exemple fait partie de la thérapie qui mène à la guérison. C’est à lui-même que le psalmiste parle. Martin Lloyd Jones, qui a écrit un livre sur la dépression, relève ce point comme étant une démarche centrale pour le relèvement de l’homme abattu :
QUESTIONS A NOUS-MEMES
« En quoi consiste le traitement essentiel ? Avant tout, comme le psalmiste, nous devons apprendre à nous prendre en main. Cet homme ne se contente pas de se vautrer et se lamenter sur son sort. Il réagit et se prend en main. Mieux encore, il s’adresse à lui-même : Pourquoi t’abas-tu, mon âme, et gémis-tu au-dedans de moi ?
Nous devons parler à notre âme, au lieu de la laisser s’adresser à nous ! Saisissons-nous la distinction ? Dans la dépression spirituelle, nous laissons notre « moi » s’exprimer au lieu de lui parler : là réside le problème essentiel. Réfléchissons aux pensées qui nous assaillent le matin au réveil. Nous n’avons rien fait pour les susciter, mais elles commencent à s’adresser à nous…
Revenons au remède du psalmiste. Il s’interpelle au lieu de s’écouter. « Pourquoi t’abats-tu, mon âme ? » demande-t-il. Son âme l’avait déprimé, dominé. Aussi, lui parle-t-il : « Mon âme, écoute un instant, je veux te parler ! »
Le secret de la vie spirituelle consiste à savoir se prendre en main : comment se parler, s’exhorter et s’interroger. Il nous faut dire à notre âme : « Pourquoi es-tu abattue ? D’où viennent tous ces gémissements ? » Au lieu de nous morfondre dans la dépression, nous devons affronter ce « moi », le réprimander, le condamner et l’exhorter : « Espère en Dieu ! » Souvenons-nous alors de Dieu, de son caractère, de ses promesses, de ses oeuvres présentes et passées. Puis concluons sur cet élan puissant : relevons le défi devant nous-mêmes, devant Satan et le monde entier. Déclarons comme le psalmiste : « Je le louerai encore ; il est mon salut et mon Dieu ! »
Il se peut que, dans la dépression profonde, ses propos vous paraissent totalement inadéquats. Ils l’ont été pour moi aussi par moments. Cependant ma sortie de la dépression est passé par ce chemin. Il a fallu que je me souvienne que la réalité ne se trouve pas en moi, mais en Dieu. C’est à force de regarder à Dieu, Ses promesses et Ses engagements envers nous dans l’alliance de grâce qu’Il a contracté que les ténèbres finissent par se dissiper et faire place à la lumière !