John Bunyan

JOHN BUNYAN

Qui ne connaît pas John Bunyan, et son célèbre récit sous forme de métaphore : « Le voyage du pèlerin ?» Après la Bible, il est le second livre le plus lu par les chrétiens dans le monde. Sorti de l’imagination de l’auteur, il relate les combats auxquels est confronté le chrétien en marche vers la cité céleste. Le point fort de Bunyan, comme d’un Lewis lorsqu’il écrira « Le monde de Narnia », est sans aucun doute l’imagination. Ce que l’on sait moins, c’est à quel point celle-ci fait souffrir Bunyan, avant que Dieu ne l’utilise pour sa gloire. Dans son livre « L’abondance de la grâce », Bunyan évoque avec toute la franchise dont il est capable les terribles luttes qui furent les siennes et qui le conduisirent dans des abîmes de désespoir.

Très tôt dans le livre, John Bunyan témoigne qu’il est victime d’illusions sensorielles. Il entend une voix qui lui dit : « Allez-vous vous défaire de vos péchés et aller au ciel ? Ou garder vos péchés et aller en enfer ? » Un verset de la Bible est si présent à son oreille qu’il se croit appelé par quelqu’un et se retourne. Ailleurs, il pense voir le diable, le sent qui le tire par ses vêtements. Son imagination lui attribue la forme d’un buisson, d’un taureau ou d’un balai… Il a aussi des visions heureuses, celle de Jésus-Christ, sa justice, assis à la droite de Dieu.

Beaucoup plus fréquentes sont les allusions de Bunyan aux souffrances dues au désespoir que lui faisaient éprouver sa condition de pécheur, ses doutes de son élection et de son salut. Bunyan utilise des images physiques familières pour traduire ses souffrances morales. Elles soulignent toutes l’acuité de sa souffrance : le sel dont est frotté l’intérieur d’une blessure fraîche, le couteau et le poignard plongés dans l’âme… la souffrance morale de Bunyan est si vive qu’elle se répercute dans son corps : « J’étais frappé d’une émotion qui me faisait trembler à l’extrême, tellement que parfois je pouvais, continûment pendant des jours entiers, sentir mon corps et mon esprit ébranlés chanceler sous le terrible jugement de Dieu… En outre je sentais une telle obstruction et une telle brûlure à l’estomac en raison de la terreur que j’éprouvais, qu’il me semblait certaines fois particulières que mon sternum allait se fendre en deux. »

La violence que connait Bunyan est d’abord celle de l’angoisse désespérée : « Cependant que j’étais emporté de côté et d’autre comme des sauterelles, chassés de misère en chagrin… » Le désespoir l’engloutit. Cette souffrance est telle que Bunyan en vient à désire changer d’identité : être un animal, « avoir la condition du chien ou du crapaud. » Il est pour lui-même « fardeau et objet d’effroi », il souhaite « être n’importe quoi d’autre qu’un homme. » Ce désir repose sur un très lourd sentiment de honte lié à celui de la culpabilité.

La violence intérieure qui anime Bunyan est traduite par des images naturelles de violence. Les éléments déchaînés, l’air, l’eau, le feu aussi, sont les approximations que Bunyan utilise pour décrire son angoisse : « une très violentE tempête », des « ténèbres », les blasphèmes qui se « déversent à grands randons » qui « noyaient et débordaient tout », « le vent qui l’entraînait », le « feu » de la culpabilité dans sa conscience. L’inspiration biblique de certaines de ces images ne leur enlève rien de leur véracité.

Hypersensible au monde spirituel, Bunyan bascule constamment de la béatitude à l’angoisse. « Quoi que vous brûliez d’une flamme ardente, néanmoins si je puis vous arracher de ce feu, je vous refroidirai sous peu, dit le diable à Bunyan, » « lui fallût-il sept ans pour glacer son cœur. » Dans une période d’apaisement, « il est embrasé de joie » ; son amour pour le Christ « est ardent comme le feu ». Mais « son tourment s’embrase à nouveau. » L’auteur se recroqueville alors « dans le froid, le gel, la neige. » Une phrase tombe sur sa conscience « comme un éclair brûlant. »

Ainsi, les troubles dépressifs font partie intégrante de l’expérience spirituelle de Bunyan. Il est sujet non seulement au désespoir, mais encore à une instabilité d’humeur. La fin de ses tourments (car il y en a une) est marquée par des images de liberté reconquise : « Les chaînes tombèrent en vérité de mes pieds, je fus libéré de mon affliction et de mes fers, mes tentations s’enfuirent. » Le monde de Bunyan est sorti du chaos pour s’ordonner : au centre se tient le salut de sa propre âme. Ceci assuré, il peut se consacrer à autrui : sa famille, ses fidèles, bien que sa condition humaine faite d’imperfection acceptée lui soit toujours présente et qu’il doive continuellement lutter contre dans la lucidité.

Vous qui souffrez de tels troubles, ne désespérez pas. Dieu vous a faits ainsi. Sa grâce peut faire que votre sensibilité qui vous nuit tant peut aussi l’exalter d’une manière sans pareille. Quand le diable voudra vous pousser au plus grand désespoir, souvenez-vous de John Bunyan.

NOTE : le chef d’œuvre de Bunyan « le voyage du Pèlerin » sort cette automne dans plusieurs salles de cinéma en France !

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